Le monde curieux des champignons

Ce qui rassemble les Humus Pays d’Oc, c’est leur volonté de participer à la transition et d’intégrer un réseau local de motivés qui œuvrent en faveur de la transition vers des territoires plus durables, autonomes et résilients.

Les champignons sont des êtres qui me fascinent. Ce sont des êtres vivants très étendus qui se développent en de vastes réseaux de filaments blancs sous-terrains, appelé hyphes. L’ensemble de ce réseau est quant à lui nommé mycélium. Ces mycéliums possèdent des étendues gigantesques, ce qui leur permet de puiser des éléments rares en profondeur. Au cours d’études de terrains de plus en plus nombreuses, les biologistes ont découvert que les champignons forment des symbioses avec le monde végétal, en particulier, avec les arbres.

Les champignons sont des êtres hétérotrophes, ce qui signifie qu’ils ne peuvent vivre sans un apport d’énergie venant de l’extérieur. Au contraire, les plantes sont dites autotrophes, car grâce à la photosynthèse, elles produisent les glucides nécessaires à toutes les réactions chimiques métaboliques. 

Les champignons sont des êtres hétérotrophes, ce qui signifie qu’ils ne peuvent vivre sans un apport d’énergie venant de l’extérieur. Au contraire, les plantes sont dites autotrophes, car grâce à la photosynthèse, elles produisent les glucides nécessaires à toutes les réactions chimiques métaboliques. 

Ainsi, la symbiose entre ces deux mondes vivants est un échange de molécules : les champignons fournissent des oligo-éléments (éléments nécessaires au bon fonctionnement des organismes en des quantités infimes) aux plantes et en échange, les plantes fournissent des sucres aux champignons, énergie absolument fondamentale pour leur survie. Les champignons ont besoin des plantes pour survivre, mais pas l’inverse. Cependant, sans les champignons, les plantes sont bien affaiblies face aux aléas climatiques et à la pauvreté des sols. Ces grandes matrices souterraines permettent de fortifier les plantes et favorisent leur colonisation des terres moins accueillantes, notamment en montagne.

Ces échanges fascinants sont plein d’une magie nouvelle. Ce genre de découverte remet au goût du jour le concept-idée de coopération dans notre monde, en opposition avec la compétition. Dans ces systèmes vivants, une subtile alchimie entre compétition (s’imposer comme soi) et coopération (mise en commun favorisant chaque être vivant) est à l’œuvre, les hommes ne peuvent qu’en prendre de la graine  et s’en inspirer pour dépasser notre modèle économique actuellement dominant basé sur l’unique emblème de la compétition.. !

Revenons à nos discrets amis champignons. Si la pluie décide d’arriver en cette fin d’été, puis début d’automne, les « carpophores » devraient normalement se développer. Carpophores ?! C’est le doux nom scientifique donné à la partie aérienne du champignon. Lorsqu’on part en cueillette, on dit qu’on « va aux champignons », mais le vrai champignon, c’est ce réseau de filaments, le mycélium ! Nous ne faisons que cueillir l’organe reproducteur du champignon… qui peut être succulent : cèpes, trompettes de la mort, girolles, amanite des césars, tricholome poivré… et j’en passe !

Selon les essences d’arbres présentes dans les forêts où l’on part en quête de quelque cueillette abondante, les variétés de champignons présentes ne seront pas toujours les mêmes. En effet, les champignons et les essences d’arbres se choisissent et ont parfois des préférences très spécifiques. Certains sont même monogames ! Le seront-ils encore longtemps ou seront-ils influencés eux-même par le fonctionnement de nos sociétés, changeantes à tout va ? La nature n’a cure de nous, elle n’a même pas besoin de nous ! Cependant, elle subit les dégâts de la pollution des activités artificielles de nos industries et le bilan s’empire… On peut louer les actions de replantations d’arbres, de ré-ensemencement de corail… Mais sans changement de paradigme, qui n’a pas encore eu lieu, ces procédés artificiels n’auront rien d’une coopération avec la Nature, mais plutôt un air d’acte désespéré de la part d’hommes qui pensent pouvoir faire tourner une économie toujours plus vite, toujours plus dévoratrice d’énergie et productrice de pollutions néfastes et de biens de consommation inutiles tout en croyant prendre soin de la Terre. Il est grand temps d’envisager le problème dans sa globalité comme dirait Hulot, car la situation est de plus en plus urgente…

Les grandioses symbioses

Il existe deux grands types de symbioses :

Les ectomycorhiziens 

Ce sont des champignons dont les filaments de mycélium colonisent l’extérieur de la racine. Ils sont capables de prélever des minéraux insolubles et de la matière organique dans la terre. Par exemple, ils peuvent dissoudre des cristaux de feldspath et rendre ainsi du potassium disponible pour les plantes. Ce sont également des champions du prélèvement de matière organique (azote, phosphore, acides aminés..), ce qui est très utile pour re-nourrir les arbres, surtout dans les forêts d’épineux, dont la litière se décompose très lentement. Sans ces symbioses, les arbres concernés seraient toujours à la diète.. !

Parmi les ectomycorhiziens, on trouve : bolets, girolles, amanites… Les sapins douglas sont des boss de la mycorhization en sol stérile ! Si l’on inocule des mycorhizes à ces arbres lorsqu’ils sont installés dans un sol très pauvre ou stérilisé par l’agriculture intensive, 8 arbres sur 10 parviennent à créer une symbiose et ainsi ré-ensemencer la vie dans le sol !! C’est donc un excellent vecteur écologique.

Sur cette photo, on peut voir un criblage blanc qui enrobe les radicelles… La symbiose se fait à l’échelle la plus élémentaire de l’arbre, la radicelle étant le lieu où la plante prélève de la nourriture du sous-sol.

Les endomycorhiziens

Les endomycorhiziens sont des champignons microscopiques, issus uniquement de la famille des Glomeromycètes, nommés glomales, qui ont la particularité de pénétrer à l’intérieur des racines. Ainsi, il se produit une quasi-fusion entre les cellules végétales et les cellules mycorhiziennes au sein même d’une structure propre à l’arbre ! La fusion n’est pas totale, car les filaments d’hyphes ne pénètrent pas l’ultime frontière de la cellule végétale, la membrane plasmique. Les hyphes présents dans racines jouent à la fois le rôle d’apporter des éléments nutritifs à la plante, de décomposer la matière organique qui tombe au sol, et en échange, ils reçoivent de précieux sucres ! Contrairement aux ectomycorhiziens, ces champignons sont ouverts à toute relation ! Ils n’ont en général pas de préférence particulière pour une espèce, mais doivent donc faire preuve d’une grande adaptabilité dans leur jeu de séduction ! Ils sont essentiellement présents chez les espèces herbacées, mais aussi chez quelques arbres.

Ces types de champignons auraient favorisé la colonisation des terres par les plantes à l’époque de l’Ordovicien supérieur, époque d’une véritable explosion de la vie, il y a 460 millions d’années, rien que ça !

Et la permaculture dans tout ça ? Cultiver soi même ses champignons !!

Pour réaliser une culture de champignons, vous allez avoir besoin de couper un peu de bois et d’acheter des sachets de mycélium. Vous pouvez commencer avec des ensemencement de pleurote ou de shitaké, qui sont relativement faciles à produire et d’excellents mets en bouche !

Le meilleur moment pour lancer une culture de champignons sur souches de bois est fin printemps-début été, de façon à être en phase post-bourgeonnement (le bourgeonnement peut entraîner le rejet du mycélium) et avoir de bonnes températures pour le développement du mycélium, qui dure de 2 à 3 mois.

Voici un protocole d’ensemencement, suivant la technique de Sepp Holzer :

Choisissez un arbre de votre terrain à couper. Si vous choisissez une espèce à bois dur (chêne, hêtre…), la production mettra plus de temps à arriver mais durera plus longtemps, et inversement si vous choisissez une espèce à bois tendre (aulne, saule, bouleau, ..), la production sera plus précoce mais s’étalera moins dans le temps. A vous de voir et de faire avec les arbres présents chez vous !

Après avoir choisi un arbre, débitez votre bois en tronçon de 50 à 60 cm et choisissez quelques bûches à inoculer.

Réalisez 2-3 incisions dans vos bûches toutes fraîches à l’aide d’une tronçonneuse ou d’une hache.

Après ces opérations, placer les chevilles de blanc (mycélium) de shitaké ou pleurote dans les incisions. Vous pouvez vous procurer ces blancs sur cheville ou sur graine par Internet ou chez des marchands de champignons.

Mettez vos bûches à mi ombre, c’est à dire en conditions forestières et vérifier régulièrement l’humidité de vos bûches et l’évolution du lardage (développement du blanc) aux points d’inoculation.

Une fois que votre bûche est bien colonisée, creusez des trous espacés de 2-3 mètres sur une profondeur d’un tiers de vos bûches, plantez vos bûches verticalement puis recouvrez avec la terre. Cela permettra de favoriser de bonnes conditions d’humidité et le développement du mycélium.

Conseil important: réaliser toutes ces opérations assez rapidement car le bois laissé à l’abandon risque d’être contaminé par d’autres espèces de champignons, et là, c’est terminé… ! 

Surtout, soyez patients ! Une fois que la colonisation est bien établie, les carpophores ne devraient pas tarder à pointer le bout de leur nez…

A vos cultures !

Gaël pour les Humus Pays d’OC

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5 commentaires sur “Le monde curieux des champignons”

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