La ferme du Bec Hellouin et la permaculture

Le Bec Hellouin, c’est du maraîchage biologique intensif sur de petites surfaces. La permaculture au Bec Hellouin concerne l’aménagement total de la ferme, qui utilise au maximum les ressources locales et qui n’utilise pas de machines. On confond souvent les 2. Ce n’est pas parce que la ferme du Bec Hellouin est aménagée selon les principes de la permaculture qu’elle est si productive. Elle montre seulement qu’il est aussi possible d’avoir des rendements intéressants dans un lieu aménagé en permaculture. Elle a permis de faire connaître la permaculture, mais malheureusement la cible me semble manquée : la permaculture telle qu’elle est présentée dans la plupart des médias qui parlent du bec Hellouin est réduite à une technique de production, alors que c’est avant tout une démarche, une façon de penser l’organisation de notre société et de nos paysages en réponse à la crise globale que nous traversons.

En ce qui concerne les résultats de la production maraîchère au Bec Hellouin, car c’est au final ce dont on parle quand on parle de cette ferme, ils sont à relativiser ; mais les limites de l’étude figurent dans le rapport lui-même. Par exemple, la surface calculée sur laquelle est étudiée la productivité ne comprend que les surfaces cultivées (contrairement aux surfaces communément entendues dans le milieu agricole qui intègrent les chemins et accès), les planches étudiées sont les plus productives de légumes primeurs à forte rentabilité et utilisant peu de surface, la charge de travail calculée ne compte que le temps de production et non les travaux annexes non négligeables comme la commercialisation, l’administration, plantation d’arbres, mise en place et entretien de toute la biodiversité autour, etc.

Cependant, l’objectif de cette étude n’était pas de produire des références intangibles et définitives, à valeur universelle. L’objectif était de démontrer le potentiel offert par le maraîchage sur très petite structure mobilisant des techniques bio-intensives, à l’heure où les références communément admises dans le monde agricole postulent des tailles minimales d’installation souvent incompatibles avec les ressources dont ils disposent (eau, éléments fertilisants comme le fumier, etc.). C’est en cela que l’aménagement de la ferme selon les principes de la permaculture est intéressante : elle réfléchit justement à cette question des ressources disponibles pour la production maraîchère. Cette expérience dénonce aussi le besoin de normes quantifiées universelles pour mesurer la viabilité d’un projet, car dans une ferme, si on s’en tient à respecter les principes de la permaculture, les données sont contingentes à une situation donnée et ne sont pas reproductibles : elles dépendent des ressources locales, de l’adaptation des cultures aux conditions pédoclimatiques, etc. Et le rapport de l’étude le précise, il ne prétend pas proposer un modèle figé pouvant être reproduit à l’identique, mais témoigne du fait que de petites fermes peuvent néanmoins s’en sortir, sans donner ni de vérités ni de normes intangibles, définitives et universelles.

Mais tout est dans le rapport, encore faut-il lire le rapport ! Le problème est la communication qui donne une vision utopiste de cette ferme, les médias nous en disent ce que nous voulons entendre, mais cet effort de discernement en tient à chacun d’entre nous, mais cela est une autre discussion…

Les données de cette étude montrent que la manière de produire qu’est celle du Bec Hellouin sur de petites surfaces peut produire assez pour rémunérer le travail qu’elle implique. Et c’est déjà beaucoup, alors que les normes de taille communément admises dans les institutions pour considérer qu’un projet agricole est viable sont bien supérieures, mettant ainsi à mal de nombreux projets agricoles qui essaient de germer sur de petites surfaces, le prix du foncier limitant les possibilités d’acquérir de plus larges surfaces. Ainsi cette étude ouvre des perspectives très intéressantes par rapport à un maraîchage qui serait en forte compétition pour l’espace foncier. On peut bien évidemment penser à l’agriculture urbaine, dans des villes où la demande de légumes locaux est en croissance et l’espace disponible pour l’agriculture si rare.

Cette micro-agriculture intensive comme pratiquée au Bec Hellouin n’est en fait pas une innovation, elle rappelle la corporation des jardiniers-maraichers de Paris qui produisaient dans les faubourgs les légumes des Halles. A l’heure où l’agriculture n’est pas en grande forme, où la mise en place de fermes de petite taille est une perspective intéressante pour alimenter les milieux urbains et péri-urbains, le Bec Hellouin concourt à re-faire connaître ces techniques de maraîchage biologique intensif.

Au-delà de leur technique de production, la ferme du Bec Hellouin a permis de démocratiser la permaculture pour le grand public. Mais il existe de nombreux “vrais” permaculteurs, qui sont d’abord des paysans, et qui n’ont en général pas entendu parler de permaculture.

Émilie – Humus Sapiens pays d’Oc, le réseau de permaculture de l’arrière pays de Montpellier

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