Croyez-vous vraiment qu’un PDC est suffisant pour avoir les connaissances pour mettre en place une ferme en permaculture ?

La connaissance est moins une accumulation de savoirs que la capacité d’interroger correctement l’univers.

On peut avoir autant de connaissances qu’on veut, lesquelles sont aujourd’hui d’ailleurs facilement accessibles à condition de savoir bien utiliser internet, mais il faut aussi avoir en tête que ces connaissances ne peuvent, à elles seules, déboucher sur une éthique, ni donner un sens au devenir de chacun ou à celle d’une collectivité. Et ce sens est à définir à chaque instant comme un choix de l’avenir, fondamental à l’heure actuelle où tous les voyants, qu’ils soient environnementaux, sociaux ou économiques sont au rouge.

Le PDC, Permaculture Design Course, ou Cours Certifié de Permaculture, c’est le moment où on s’arrête, où on prend du recul et où on essaie de se reconnecter à l’essentiel. C’est le moment où on accepte de voir les choses : on accepte qu’on vit dans un monde déconnecté de la nature, qu’on ne vit plus avec elle mais pourtant bien grâce à elle et qu’elle risque de ne plus nous le rendre. C’est le moment où on accepte qu’on a oublié de nombreux savoirs faire et une grande part de bon sens. Mais c’est aussi et c’est surtout le moment où on accepte l’époque et la société dans laquelle on est, où on se rassemble pour découvrir, re-découvrir et où on fait vivre et re-vivre des savoirs anciens, des savoirs du monde entier, mais aussi où on intègre les dernières découvertes des sciences modernes. On remet toutes ces connaissances en perspective et au regard des problématiques actuelles, on les passe sous le projecteur des éthiques que l’on se donne en permaculture, on cherche ensemble des solutions et on trouve beaucoup d’inspiration pour relever les défis présents et à venir. Un PDC c’est aussi le moment de faire une expérience humaine de vivre ensemble et de questionner notre regard sur l’environnement, notre rapport aux autres et à soi-même. On y rencontre des gens qui veulent aller dans le même sens, avec qui on pourra frayer un plus grand sentier que si l’on est seul à vouloir aller dans un sens. C’est le moment de se déconditionner car on y intègre un nouveau système de valeurs et un quotidien débarrassé de ses repères. C’est le moment de retrouver du bon sens et d’acquérir des bases méthodologiques mais aussi des connaissances qui ne sont pas une accumulation de savoirs mais des savoirs essentiels que sont les lois du vivant et desquelles découlent toutes les autres connaissances. C’est le moment de comprendre l’essence de la permaculture, ces éthiques, ces principes et leur puissance. Mais le PDC ce n’est que le début d’un processus. De même qu’on ne s’improvise pas pro­fes­seur de lettres quand on a vu « le cercle des poètes dis­pa­rus », on ne s’improvise pas non plus pay­san quand on a lu « la ré­vo­lu­tion d’un seul brin de paille » ou qu’on a fait un PDC.

Penser qu’on va pouvoir s’installer et vivre de notre production en sortant d’un PDC est le piège qui at­tend un grand nombre de jeunes per­ma­cul­teurs quand ils n’ont pas grandi à la ferme. Tout comme on pense qu’on va pouvoir trouver la paix intérieure en faisant un stage de méditation Vipassana, la désillusion peut-être grande. Mais c’est une porte d’entrée, une expérience qui reste et qui sert de support pour la suite.

Pour per­mettre aux dé­bu­tants de se for­mer lon­gue­ment, il fau­drait gé­né­ra­li­ser l’apprentissage. Tout pay­san en per­ma­cul­ture de­vrait prendre sous son aile des com­pa­gnons. En contre­par­tie, les in­ter­ac­tions bé­né­fiques lui ser­vi­raient aussi de fi­nan­ce­ment in­di­rect. Sa­chant que le maître doit pou­voir ame­ner son ap­prenti jusqu’à ce qu’il puisse me­ner à bien son pro­jet : y com­pris dans les as­pects ad­mi­nis­tra­tifs et financiers.

Pour fa­ci­li­ter la mise au point des mul­tiples so­lu­tions per­ma­cul­tu­relles, il faut ab­so­lu­ment une phi­lo­so­phie open-source de la R&D en per­ma­cul­ture, avec pu­bli­ca­tion des re­tours d’expérience, échange de ré­sul­tats, voire pro­grammes de re­cherche col­la­bo­ra­tifs. Car même si chaque si­tua­tion est dif­fé­rente, il y aura tou­jours de nom­breuses si­mi­la­ri­tés, et plus on pourra pro­fi­ter de l’expérience des uns et des autres, plus on ré­duira les dé­lais et les dé­boires de mise au point.

Émilie – Humus Sapiens pays d’Oc, le réseau de permaculture de l’arrière pays de Montpellier

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