Quelle est la différence entre la permaculture et l’agroécologie ?

Ces 2 mouvements se sont développés parallèlement dans des pays aux antipodes du monde. L’agroécologie nait en Amérique du Sud dans les années 60-70 comme critique de la révolution verte, c’est-à-dire la mise en place des politiques qui ont transformé les agricultures des pays dits « en voie de développement » en une agriculture fondée principalement sur l’intensification et l’utilisation de variétés de céréales à hauts potentiels de rendements. Elle sera ensuite reprise aux Etats-Unis, mais elle est construite au départ comme un modèle alternatif pour les pays du Sud. Elle propose une gestion alternative de l’agroécosystème et du système alimentaire dans son ensemble.

La permaculture se construit à peu près dans le même temps, dans les années 70, en Australie, comme un modèle plutôt adapté aux pays occidentaux. Elle est construite par des gens qui prônent la culture de la base pour construire des initiatives qui permettront de survivre à l’écroulement de la société de consommation. Elle cherche à se prémunir face à la crise énergétique à venir, et se construit comme une forme de résistance individuelle ou communautaire au modèle de la société de consommation. C’est une démarche qui cherche à aller vers plus de résilience et d’autonomie des territoires.

Il existe de nombreux recoupements entre permaculture et agroécologie : l’accent mis sur la biodiversité, l’agroforesterie, l’intégration du paysage, le recyclage de la matière, la diminution du travail du sol, ou encore la favorisation des rotations et des associations de cultures. Toutes deux s’inspirent à la fois des pratiques traditionnelles mais aussi des sciences modernes. Ces deux approches sont éminemment modernes car elles proposent une réponse aux enjeux écologiques et énergétiques actuels, suggérant que l’agriculture liée au pétrole est aujourd’hui condamnée.

La permaculture a approfondi certaines choses :

  • Des outils pour transmettre des savoirs : par exemple les formations type « PDC » (Permaculture Design Course) dont le programme est standardisé et enseigné comme tel aux 4 coins du monde
  • Une réflexion en termes de fonction des éléments du paysage
  • la conception à différentes échelles qui va du paysage à la petite parcelle, et l’attention portée à l’assemblage et à la disposition des éléments, que l’on concrétise dans ce qu’on appelle un « design », c’est-à-dire un plan à la manière d’un architecte ou d’un paysagiste, sur lequel on réfléchit à la disposition de chaque élément après une réflexion méthodique propre à la permaculture.

Quant à l’agroécologie, les limites de sa définition sont plus floues aujourd’hui, car on assiste au développement de plusieurs courants. Par exemple en France, il y a :

  • l’agroécologie comme mode de vie, celle défendue notamment par Pierre Rabhi en France : c’est la forme sous laquelle elle a émergé
  • l’agroécologie comme discipline scientifique où l’on s’attache à étudier précisément des techniques de production
  • l’agroécologie institutionnalisée dans un programme de développement agricole national et qui vise à combiner performances écologiques et économiques.

Ces deux dernières visions de l’agroécologie ont appauvri le mouvement d’origine des valeurs dont il était porteur, elles ne défendent pas un mode de vie mais seulement une manière de produire, et c’est très différent. La transition écologique répond à un contexte de crise non seulement écologique, économique et sociale mais aussi une crise des valeurs, dont il ne faut pas faire abstraction : ces valeurs sous-tendent un projet de société à ne pas nier. Or la transition ne peut pas se penser sans que les gens se réapproprient leur pouvoir d’agir sur leur milieu, réfléchissent à un autre style de vie, à d’autres rapports sociaux.

La permaculture a la particularité d’être basée sur des éthiques fortes qui sont enseignées et qui sont connues par toutes les personnes qui s’y intéressent même de loin. Ces éthiques sont au fondement même de la permaculture et on insiste dessus à chaque formation, pour que justement leur sens ne se perde pas en cours de chemin. Elles sont à la base de la construction d’un rapport existentiel à ce qui nous environne, et c’est ce rapport qui conditionne notre devenir. La transition doit être une opportunité pour les individus de se réapproprier leur relation à leur environnement autour de valeurs comme le mieux vivre en société, et de déployer des pratiques émancipatrices en s’engageant dans d’autres modes de consommation, d’habiter, etc. Ce n’est ni du rôle de la science ni celui des institutions de porter ces valeurs. Le succès de la permaculture est, entre autres, dû au fait qu’elle est attachée à des éthiques fortes, lesquelles doivent être au cœur de la transition et doivent continuer à être véhiculées comme telles.

Ces différents courants ou visions au sein du mouvement de la permaculture sont moins visibles du fait justement de l’enseignement de ces valeurs lorsqu’on se forme à la permaculture. Mais ce mouvement en France est plus jeune que l’agroécologie et il commence seulement à être connu par les institutions.

Que ce soit l’agroécologie ou la permaculture, ces 2 disciplines font partie de ces figures expérimentales d’une vision alternative du monde. Il n’y a pas un seul courant de vision de ces alternatives, mais la question à venir est effectivement celle de la façon dont l’implication des sociétés déplacera l’équilibre au sein de ces différentes visions.

Émilie – Humus Sapiens pays d’Oc, le réseau de permaculture de l’arrière pays de Montpellier

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