La permaculture est-elle rentable ?

La permaculture, on l’aura compris, est une démarche d’aménagement qui vise une certaine efficacité et qui envisage un nouveau paradigme de société. La notion de rentabilité, en tous cas financière, est liée à un système marchand dans lequel elle s’inscrit et c’est ce système même qui est la référence au sein de laquelle on va pouvoir juger de la rentabilité d’une chose. Or, ce que propose la permaculture est justement de sortir de ce système et d’envisager un nouveau paradigme : la question de la rentabilité est donc une fausse question !

Mais cela étant dit, essayons néanmoins d’apporter des éléments de réponses. Qu’est-ce que ça veut dire quand on dit « rentable » ? Postuler qu’être rentable suppose que le revenu généré par l’activité couvre les charges ne répond pas forcément à la question, comme si les charges étaient une donnée intangible. Il faut se poser la question du niveau de vie, très différent d’un point à l’autre de la planète. Alors que la per­ma­cul­ture, elle, ne va­rie pas beau­coup d’un bout du monde à l’autre. En France, et à moins d’avoir des conditions initiales très favorables (climat et sol adaptés aux productions, absence d’endettement au départ (foncier et bâtiments déjà acquis), circuits de commercialisation déjà rôdés, etc.), il pa­raît dif­fi­cile de dé­ga­ger un re­venu suf­fi­sant pour subvenir aux be­soins d’une fa­mille en per­ma­cul­ture. Par contre il est tout à fait pos­sible de nour­rir cette même fa­mille avec des pra­tiques per­ma­cul­tu­relles. Et pour peu que l’on ac­cepte à vivre dans une pau­vreté re­la­tive, cela suf­fit à vivre, et même à bien vivre. Car comme le dit Pierre Rabhi, la pau­vreté, ça n’est pas la même chose que la misère… Les personnes qui se mettent actuellement à la permaculture sont généralement motivés par un enthousiasme et une vision à long terme, un désir de vie plus simple et plus indépendante, mais en tout cas pas par la rentabilité financière.

On peut donner l’exemple de 2 personnes que je connais qui ont calculé le revenu de leur activité, leur chiffre d’affaire, leurs dettes et leur bénéfice. L’un possède une ferme de milleirs d’hectares avec engins et bâtiments agricoles. Il dégage un chiffre d’affaire énorme mais est endetté à hauteur d’un million d’euros. Il paie un employé qui s’occupe uniquement des machines pour les réparer et les entretenir. Chacun se sort un SMIC par mois. A côté, un couple de permaculteurs qui ont un petit troupeau de brebis, une petite ferme en permaculture. Leur travail à la ferme est aussi important, et ils se sortent aussi un SMIC par mois, mais à la différence qu’ils n’ont aucune dette. Voilà pour la question de la rentabilité financière.

La rentabilité est la capacité à générer de la valeur ajoutée. Il est pertinent de se poser la question des autres formes de rentabilité de la permaculture, et là ça devient plus intéressant.

  • Si on parle de rentabilité énergétique, la permaculture est rentable car tel est son but : repenser notre modèle agricole pour se passer tant que faire se peut des énergies fossiles. Les chiffres de Claude et Lydia Bourguignon sont parlants : en agriculture conventionnelle, il faut investir dans le système en moyenne 14 calories pour en sortir 1. Un chiffre de plus qui montre l’aberration de notre dépendance aux énergies fossiles. La permaculture, elle, inverse la tendance : les énergies utilisées sont celles de la nature (soleil, photosynthèse…) et on investit en moyenne dans le système 1 calorie pour en ressortir 10 à 20.
  • En termes de rentabilité de production par m², bien des exemples montrent qu’un système bien conçu est capable de sortir bien plus de production par unité de surface qu’en agriculture conventionnelle. D’une part parce que les espèces y sont mélangées et utilisent tout l’espace disponible, et d’autre part parce qu’on utilise souvent plusieurs étages de production. On réfléchit en volume en associant arbres, arbustes, lianes, herbacées, etc., plutôt qu’une réflexion en surface : on produit plus sur un volume que sur une surface. Mais ces méthodes culturales ne sont pas adaptées aux techniques de production actuelles qui sont mécanisées : la mise en place de tels systèmes demande plus de main d’œuvre humaine.
  • C’est là que la question de la rentabilité en termes de main d’œuvre De tels systèmes demandent souvent une main d’œuvre bien supérieure. En 1970, les salariés et exploitants du secteur agricole représentaient presque 12 % de l’emploi total en France métropolitaine. 45 ans plus tard, le poids de ce secteur a été divisé par cinq : l’agriculture ne réunit aujourd’hui plus que 2,5 % des personnes en emploi. La France s’est spécialisée dans l’agriculture intensive sur très grandes surfaces, extrêmement équipée et peu consommatrice en main-d’œuvre. L’approche de la permaculture cherche aujourd’hui à redonner toute sa place à ceux qui font vraiment la richesse du monde, en évitant les dérives de notre système agroalimentaire ; la contrepartie étant qu’il faut alors troquer du temps contre de l’autonomie, et questionner cette notion de rentabilité à l’aune des enjeux écologiques et sociaux actuels. Cette question est cruellement au goût du jour, à l’heure où le chômage est atteint des records, on pourrait redonner de l’activité à tous en permettent aux gens d’avoir un lopin de terre et d’y exercer une activité agricole. Pour donner quelques chiffres : un agriculteur sur 1ha peut nourrir 30 familles sans viande mais de façon diversifiée (oeufs, plantes aromatiques, fruits, légumes). S’il y a un million de fermes à nourrir 20 à 30 familles ça fait 20 à 30 millions de foyers de nourris ça fait la France. Est ce qu’on choisit de faire des grosses structures donc forcément très mécanisées avec peu de monde qui y travaille pour produire beaucoup, ou est-ce qu’on choisit de faire de l’emploi, de créer des structures toutes petites à l’échelle de 10ha ou même moins, qui sont très intensive parce qu’on va y cultiver manuellement et donc mélanger les cultures, chose qui n’est pas possible avec de la mécanisation, augmenter les rendements de ce fait là, et on nourrit tout le monde ? Est-ce normal que le secteur agricole devienne le plus destructeur d’emplois en France ? A l’heure où la destruction d’emploi ne paraît pas être un objectif… Sans parler en plus de la qualité de vie et de travail, des aspirations sociales et écologiques, etc.

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