Peut-on nourrir la planète avec la permaculture ?

On peut simplement répondre à cette question en observant que la majorité des pratiques agraires du monde qui sont restées en dehors du système agroindustriel nourrissent les gens et les ont nourris pendant des milliers d’années. Ces pratiques peuvent être qualifiées de permaculturelles à différents degrés dans le sens où elles ont toujours cherché à s’adapter au contexte local, tout en réduisant la quantité de travail, et le tout sans utiliser d’énergies fossiles. Les sociétés ont de tout temps, avant la révolution industrielle, dû vivre avec la nature et s’adapter à ses aléas.

Alors qu’aujourd’hui le système agroindustriel connaît son heure de gloire, la bonne question à se poser est : pourquoi y a-t-il aujourd’hui encore des gens qui meurent de faim ? Rappelons que nous produisons déjà plus qu’assez de calories pour nourrir le monde. Pour nourrir correctement un habitant, il faut produire de l’ordre de 200kg de céréales ou son équivalent en manioc, banane plantain, igname, etc. La production mondiale est déjà de 330 kg par individu. Et malgré tout, un milliard de personnes ont faim aujourd’hui : UN MILLIARD – plus que jamais auparavant ! Si la faim subsiste aujourd’hui ce n’est pas du fait de la quantité de nourriture, mais bien à cause des inégalités flagrantes dans la distribution de celle-ci.

Si des gens ont faim aujourd’hui, ce n’est pas qu’on manque de nourriture à l’échelle mondiale, c’est qu’il y a trop de pauvreté. En France, de nombreuses personnes vont au resto du cœur : ce n’est pas parce que la France ne produit pas assez, mais parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour acheter cette nourriture. Il y a des zones dans le monde et des gens qui achètent cette nourriture qui existe, nourriture qui échappe au pauvre, et qui la jettent à la poubelle. Ça échappe aussi parfois aux pauvres pour la donner aux animaux (comme le soja importé dont les surfaces agricoles pour le produire sont tout autant de surface qui ne nourrissent pas les populations locales) ou encore, de la même manière, pour nourrir les voitures : on fait de l’éthanol avec le maïs, l’huile de palme, le colza, ou encore la canne à sucre. Nourrir la planète est donc d’abord une question de distribution des richesses.

 » Le système agro-industriel est en train de faire en sorte que nous-mêmes n’arriverons pas à nous nourrir dans le futur. Il faut regarder les choses en face. C’est un secteur d’activité en dépôt de bilan, une activité qui grignote rapidement le capital écologique qui rend sa propre production possible. Notre panier à pain est menacé aujourd’hui, pas à cause de la diminution de l’offre, mais à cause de la raréfaction des ressources, non par les dernières inventions pour moissonneuses et tracteurs, mais à cause des terres fertiles, pas par les pompes, mais à cause de l’eau fraîche, pas par les tronçonneuses, mais à cause des forêts, ni par les bateaux de pêche et leurs filets, mais par les poissons dans la mer. Vous voulez nourrir le monde ? Commençons par nous demander : comment allons-nous nous nourrir nous-mêmes ? Ou mieux, comment pouvons-nous créer les conditions qui permettent à chaque collectivité de se nourrir elle-même ? Pour ce faire, ne prenez pas le modèle de l’agrobusiness pour votre avenir. Il est vraiment vieux, et il est usé. Il coûte cher en capital, en chimie et en machines, et il n’a jamais rien produit de vraiment bon à manger. Au contraire, inspirons-nous du modèle écologique. C’est celui qui se fonde sur deux milliards d’années d’expérience sur le tas.  » (Dan Barber : Comment je suis tombé amoureux d’un poisson)

La permaculture, c’est exactement ça : des exploitations agricoles qui ne sont pas renfermées sur elles-mêmes, des fermes qui restaurent au lieu d’appauvrir, des fermes qui travaillent de manière extensive. C’est essayer de recréer des conditions favorables pour que chaque communauté puisse s’alimenter en arrêtant de gâcher les ressources mais en les préservant.

Donc oui la permaculture qui fait un usage intensif des rayons du soleil, de l’azote de l’air, du dioxyde de carbone, qui utilise les champignons mycorhiziens, elle est moderne et permet d’accroitre les rendements. Elle remet au goût du jour des techniques traditionnelles, qui sont issues d’un savoir-faire ancestral qui s’est transmis pendant des générations et des générations, qu’on oublie peu à peu, et qui pourtant sont le produit du bon sens de nos ancêtres qui connaissaient parfaitement leur environnement et la nature, et qui ont expérimenté et éprouvé ces pratiques

Ce sont TOUS les peuples du monde qui ont intérêt à assurer par eux-mêmes avec une agriculture diversifiée leur sécurité en calories, en protéines, en vitamines, en minéraux, en fibres, en antioxydants, avec une agriculture durable qui maintiendra les taux d’humus, l’existence des abeilles, qui valorisera dans chaque territoire les capacités productives de celui-ci.

« Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse… »

Émilie – Humus Sapiens pays d’Oc, le réseau de permaculture de l’arrière pays de Montpellier

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