Le lombricompostage

ou vermiscompostage

Ce qui rassemble les Humus Pays d’Oc, c’est leur volonté de participer à la transition et d’intégrer un réseau local de motivés qui œuvrent en faveur de la transition vers des territoires plus durables, autonomes et résilients.

Moi c’est Océane, je travaille au sein de Vers La Terre, une entreprise spécialisée dans le lombricompostage à Pézenas dans l’Hérault. Nous élevons nos propres vers de compost sur une culture hors sol et bien entendu commercialisons le lombricomposteur qui va avec 🙂 Nous sensibilisons les gens et essayons de répandre le geste du lombricompostage partout autour de nous. Je me suis dit que pour cet article il serait intéressant d’interroger LE savant fou du ver, celui qui ne s’arrête plus de chercher et qui teste foultitude de choses, celui qui ne cessera jamais de sonder les mille et une vertus que nous promettent ces merveilleux bâtisseurs du sol : les vers de compost

L'interview

– Océane : Parle-nous de toi Joël, ce que tu fais, ce que tu as mis en place

– Joël : Avant mon départ à la retraite, je suis allé voir mon médecin qui m’a dit de me mettre au vert, mais j’ai compris vers…. faut pas m’en vouloir.
Non en fait la première fois que j’ai entendu parler de lombriculture c’était en 1985 dans une émission de Bernard TAPIE à la télévision, qui encourageait des jeunes entrepreneurs à créer leur entreprise. Quand j’ai pris ma retraite, j’ai déménagé et le jardin que j’avais récupéré était plutôt en garrigue. J’ai donc cherché de la terre et du fumier de cheval. En cherchant du fumier sur le net, je suis tombé par hasard sur des sites de lombriculture. J’ai commandé 250 grammes de vers et voilà c’est parti mon kiki, depuis je n’arrête plus, c’est devenu ma passion, je donne des cours à qui veut bien m’écouter, forme aussi les professionnels à se lancer et participe à des expositions. J’expérimente beaucoup afin de prouver que la nature est bien faite et que l’on peut même s’en servir pour soigner…… qui ?…. D’abord les plantes, les animaux et pourquoi pas, les humains… Ce que j’ai mis en place ? 
Je me spécialise plus dans le lixiviat et ce n’est plus une usine mais une industrie qui se développe dans mon jardin (voir photo plus bas).

– Océane : Le vermicompostage, comment ça fonctionne ?

– Joël : La nature fait bien les choses, mais parfois nous nous devons de lui donner un petit coup de pouce.
En effet dans la nature les vers de terreau se reproduisent beaucoup car ils ont beaucoup de prédateurs (1 ver peut engendrer 500 bébés par an) : les taupes, les hérissons, les musaraignes, les rats, les blaireaux, les renards, les grenouilles, les crapauds, les oiseaux, les serpents, les lézards, les limaces, les sangliers, etc… De plus il y a les pertes lors des hivers trop froids ou des étés trop chauds, des inondations, des incendies… sans compter l’homme qui détruit son habitat avec les labours ou les épandages de pesticides et herbicides.
Alors comment les aider ? En élevant les vers dans des réceptacles clos, plus communément appelés lombricomposteurs, ou dans des bacs avec couvercles. Peu importe, du moment que les prédateurs ne puissent venir les manger.

– Océane : Dans le lombricompost et le lixiviat (ou lombrithé), parle moi donc…

– Joël : Avant tout je voudrais expliquer la différence entre le lombrithé et ce que nous récoltons des vermicomposteurs. Dans le langage courant, on nomme le liquide qui sort des lombricomposteurs le « lombrithé ». En fait ce n’en est pas, c’est du percolat ou lixiviat de lombricomposteur (il s’agit là de l’eau contenue dans les déchets qui va s’infiltrer, percoler au travers du lombricompost et ainsi se charger en éléments nutritifs). Le lombrithé quant à lui est en fait une infusion de lombricompost dans de l’eau, pendant un certain temps, afin d’en extraire les oligo-éléments, les minéraux, les micro-organismes etc… Comme ni plus ni moins que le thé, sauf que l’on extrait pas tout ça en faisant bouillir.

– Océane : …des minéraux et oligo-éléments…

 Joël : Ce que l’on peut en dire dans les grandes lignes, c’est que lombricompost et lixiviat en sont chargés, ce sont des éléments indispensables aux bonnes conditions de croissance des plantes (Sodium, Magnésium, Zinc, Cuivre, Fer, Bore, Cobalt, Manganèse, etc…)

– Océane : …des micro-organismes…

– Joël : il y en a beaucoup, ils se développent et se multiplient toutes les trois heures du moment qu’ils aient de la nourriture et de l’oxygène. Dans le lixiviat on dira qu’ils se multiplient pendant 7 jours puis se stabiliseront pendant 3 jours puis décroisseront. Sur les végétaux pulvérisés ils tiendront tant qu’il y aura de l’humidité puis se mettront en léthargie à la moindre rosée ou goutte d’eau, ils travailleront de nouveau et ainsi de suite.

– Océane : ...des phytohormones…

– Joël : je ne suis pas compétent désolé

– Océane : Moi non plus… mais le sujet mérite d’être soulevé ! Alors Kesako ? Ce sont des molécules qui régulent la croissance et le fonctionnement de la plante un peu comme le feraient nos hormones à nous. Elles agissent sur la croissance de la plante, de la tige, sur la production de racines ou de fruits, mais également sur les différents stress de la plante. Elles sont normalement produites par la plante elle-même mais des scientifiques ont trouvé qu’en présence de vers dans un sol, on y retrouvait des phytohormones… Cela reste encore à démontrer mais il semblerait que les vers stimulent certaines bactéries qui se mettraient à produire et fabriquer des phytohormones. Dans cette étude, les phytohormones agiraient donc sur la production des racines et donc sur la croissance de la plante.

Océane : 
Comment et sur quoi as-tu testé le lombricompost ? De quelle manière agit-il sur les plantes ? Quels sont les résultats que tu as obtenus (je sais par exemple que tu as planté et semé directement dans tes bacs d’élevage, qu’est ce qui fonctionne, qu’est ce qui ne fonctionne pas, ce que tu nous conseilles…) ?

 – Joël : Sur la première photo j’ai semé du persil et sur la deuxième de la salade. Sur la troisième photo, ce ne sont pas des semis mais des plants de salade, cela a parfaitement réussi.

Ce que j’ai constaté :

qu’il faut semer des plantes à feuilles et non pas à racines car le semis de radis a donné beaucoup de feuilles mais très peu de radis (trop d’azote). Sur les photos, on peut voir que les légumes racines se conservent très bien et qu’ils restent fermes, bien sûr avec le couvercle.

Océane :
Comment et sur quoi as-tu testé ton lixiviat ? De quelle manière agit-il sur les plantes ? Quelles plantes l’apprécient particulièrement et pourquoi ? Son utilisation (foliaire : pourquoi / arrosage : pourquoi) ?

– Joël : Sur cette photo on peut voir l’attaque de pucerons noirs sur un pêcher. Il m’a suffit de pulvériser en deux fois du lixiviat de lombricomposteur dilué à 10% à raison d’une journée d’intervalle pour ne plus les voir.

– Joel : Sur cette photo prise en 2018 sur des pieds de vigne, je vous laisse juger, tas de gauche sans traitement, à droite avec pulvérisation du lixiviat, premier passage le 07/08/2018 et deuxième passage le 14, les feuilles ont été récoltées le 21 du même mois.

Océane :
Le lixiviat et les animaux …

– Joël : Les animaux adorent le boire. J’ai placé du lixiviat sur le dos d’un cheval qui avait des blessures suite à des mauvais traitements, les plaies ont cicatrisé rapidement. Je recommande aussi de laver les chiens avec le lixiviat pour enlever les parasites et éviter qu’ils ne viennent, je n’invente rien cela se fait dans d’autres pays. J’ai pulvérisé le lixiviat sur les murs des écuries afin de diminuer les mouches, cela fonctionne. Les poules aiment boire le lixiviat, cela leur donne un bon plumage, aide à pondre et à assimiler la vitamine B 12 surtout pour les poules qui n’ont pas accès à un pâturage, qu’elles trouveraient naturellement en picorant la terre.

 

– Océane : Mettre des vers de compost dans son jardin, oui mais…

– Joël : Oui et non. Oui si vous les mettez dans un endroit frais à l’ombre et dans des matières comme le fumier ou le compost, et non malheureusement ils ne survivront dans la terre qui n’est pas leur milieu naturel.

– Océane : A Vers La Terre on nous pose très souvent la question : « la terre de mon jardin est pauvre, j’aimerai y ajouter des vers de compost pour améliorer mon sol ». Ce que je réponds, c’est que s’il n’y a pas de vers dans votre sol, c’est qu’il y a certainement une bonne raison… Les épigés (vers qui vivent dans les 1ers centimètres du sol = les vers de compost) ont besoin de nourriture et de conditions qui leur sont propres pour survivre. Si ces conditions ne sont pas réunies, les vers partiront, ou mourront tout simplement. La première des choses à faire sera donc la restructuration de son sol (engrais verts, couverture du sol etc…) !

Océane : 
Que conseillerais-tu à quelqu’un qui souhaite installer un vermicomposteur grande échelle sur son terrain, un maraîcher par exemple ?

– Joël : Un professionnel, des écoles, des déchetteries, etc….. voire même un particulier peuvent utiliser une cuve de 1000 litres modifiée (voire même plusieurs), comme celle sur la photo.
Il suffit de lui faire une ouverture sur le devant pour y mettre des petits déchets, de couper le haut pour pouvoir charger de grosses quantités et une trappe de visite pour retirer le lombricompost quand il sera mûr.
J’y ai même ajouté un robinet avec goutteurs. Ne pas oublier de le poser en hauteur pour récupérer le lixiviat mais aussi pour le confort des vers.
Par contre le remplissage se fera doucement, car ce sont des vers de surface, ils n’iront pas manger le fond sinon.

En espérant que cet article vous aura plu et vous aura donné l’envie de vous mettre au ver ! Si vous souhaitez en savoir plus, que vous souhaitez vous lancer ou mettre en place quelque chose n’hésitez pas, contactez-moi :

Océane sur sav@verslaterre.fr

Venez sur le site de Vers la terre

Et pour le blog de Joël c’est par ici  http://versattitude.blogspot.com/

Océane pour les Humus Pays d’OC

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18 commentaires sur “Le « lombricompostage » ou « vermicompostage »”

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