La pipinière

Des toilettes sèches bien pratiques !

Toilettes Sèches pipinières
Ce qui rassemble les Humus Pays d’Oc, c’est leur volonté de participer à la transition et d’intégrer un réseau local de motivés qui œuvrent en faveur de la transition vers des territoires plus durables, autonomes et résilients.

Sur notre propriété, que nous nous attachons à concevoir selon les principes de la permaculture, nous avons mis en place des toilettes sèches particulières, tellement qu’elles méritent bien cet article !

D’abord, comprenons les raisons qui nous poussent à utiliser les toilettes sèches… Il y en a de multiples, mais la plus importante, à mon avis, est qu’il est nécessaire d’arrêter de polluer des quantités astronomiques d’eau, souvent potable qui plus est ! En effet, il est plus compliqué de dépolluer une substance une fois qu’elle est diluée dans des milliers d’autres mètres cube d’eau. Aussi, si on observe le comportement des animaux dans la nature, on remarquera qu’aucun animal terrestre n’ira volontairement déposer ses excréments dans l’eau : la logique de l’évolution conservant les comportements bénéfiques à la survie des espèces. Mais alors comment font les animaux pour ne pas polluer leur environnement avec leurs excréments ?

Tout est dans l’équilibre

Tout est histoire de concentration, comme le disait Bill Mollisson, fondateur de la permaculture et composté (décédé) depuis 2016 : « une pollution, c’est un excès de ressource au même endroit ». Autrement dit, n’importe quelle ressource devient une pollution lorsqu’on la concentre. Pour en revenir aux déjections de nos moutons… Dans la nature, les excréments sont toujours en concentration suffisamment faible pour être intégrés rapidement dans le cycle écologique. C’est donc ce qu’il faut faire.

Dans notre cas, si l’on veut intégrer nos excréments dans le cycle de la vie, il faut les « mélanger » en proportion juste avec d’autres ressources afin que la nature puisse piocher tous les éléments dont elle a besoin pour créer de la vie : rien ne se perd rien ne se crée, comme disait quelqu’un… Pour faire simple (très simple) : le vivant est constitué de quelques briques élémentaires que sont le carbone, l’azote et l’oxygène, et ce toujours sensiblement dans les mêmes proportions. Considérons nos déjections « excréments + urine » : on obtient quelque chose de très azoté. Si vous m’avez suivi, il faut donc, pour que le vivant assimile rapidement nos déjections multiples, lui donner aussi du carbone et de l’oxygène. L’oxygène étant présent dans l’atmosphère, il faudra juste s’assurer une bonne aération, quant au carbone, beaucoup de matériaux sont en excédent : paille, copeaux de bois, sciure, foin sec, etc… On rajoutera donc régulièrement un ou plusieurs de ces matériaux à nos excréments (selon les ressources disponibles localement) pour qu’ils se dégradent rapidement.

Maintenant que nous savons comment faire pour que nos excréments soient rapidement intégrés au cycle écologique et sans pollution aucune, voilà comment nous avons procédé pour construire nos toilettes.

Des toilettes sèches sans maintenance

La technique du seau que l’on vide régulièrement sur un tas est très efficace, mais ne me plait pas particulièrement car il demande beaucoup de maintenance pas très agréable. Je préfère limiter ma manipulation d’excréments… je ne sais pas pour vous ? Pour cela, il existe un système facile à mettre en place.

L’idée de ces toilettes est d’avoir deux compartiments assez grands pour qu’on prenne au moins 6 mois pour en remplir un (le temps qu’il faut à un tas de matière fraîche pour se composter). Ces compartiments sont situés sous la pièce « toilette » : ainsi nos déjections tombent directement dans un des deux compartiments, et on y rajoute une poignée de carbone comme dans les toilettes sèches normales. Lorsqu’un tas est plein, on déplace le siège des toilettes pour qu’il se retrouve au-dessus de l’autre compartiment qui se remplira à son tour. Ainsi, lorsqu’on jugera que ce deuxième compartiment est assez plein, et qu’on reviendra au-dessus du premier compartiment, le tas en dessous de celui-ci sera décomposé depuis bien longtemps : il sera donc agréable d’y enlever ce compost qui fera le bonheur de certaines cultures. (Nous pourrions discuter de l’utilisation de ce compost dans une autre rubrique)

Le gros avantage est donc de ne jamais avoir à manipuler d’excréments !

Un élément, plusieurs fonctions

Un des principes de la permaculture invite à toujours essayer de trouver plusieurs fonctions à un même élément.

Ainsi, nous avons décidé que nos toilettes serviraient aussi de mini serre pour nos semis. Les toilettes étant sous un couvert d’arbres à feuilles caduques, elles sont en plein soleil l’hiver et sous un bel ombrage l’été, ce qui nous permet de ne pas avoir trop chaud. Le soleil d’hiver et printemps nous permettra donc de chauffer cette pièce et d’y réaliser nos semis !

Regrouper les éléments en fonction de leur fréquence d’utilisation 

L’autre idée, digne d’un bon design, est aussi de regrouper les éléments en fonction de leur fréquence d’utilisation : nous allons au toilettes plusieurs fois par jour… Ça tombe bien, les semis ont besoin d’une surveillance régulière ! Voilà une bonne façon d’optimiser nos actions.

Dernier petit bonus : saviez-vous que le méthane est un gaz qui aide à la germination des graines ? C’est le même qui incommode nos intestins… Le problème devient une solution J

Et nous les avons nommées… la « pipinière »

Ces toilettes sont issues des outils que nous proposent les cours de design en permaculture : le zonage, l’interconnexion des éléments et les 9 principes de Bill Mollisson.

Clément pour les Humus Pays d’OC

EN SAVOIR PLUS

Rejoignez nous sur facebook :

29 commentaires sur “Des toilettes sèches bien pratiques !”

  1. Bonjour
    Bien vu pour l’utilisation des toilette comme pépinière. C’est aussi super de laisser le temps au compost de se faire avant de la manipuler et c’est une ré-invention car d’autres pas loin de chez vous y avait pensé (alter’eco30). C’est de la convergence évolutive!

    1. ils sont à l’air libre, mais on nous a conseillé de les garder à l’obscurité pour éviter des problèmes de mouches, malgré cela nous n’avons pas ce souci. les compartiments font 1m par 3 m au sol, sur 2m de haut, ce qui est TRES large et en pratique nous mettons un à deux ans pour les remplir (marge nécessaire pour avoir un vrai compostage). en espérant avoir répondu à vos points d’interrogation ! 🙂

      1. Nickel, Merci pour votre retour. Je vais intégrer cela à la réflexion sur mon projet : j’auto-construit une maison en bois. Belle vie à vous 🙂

      2. J’ai un peu du mal à concevoir la chose…
        Il son à l’aire libre mais dans l’obscurité?
        Concrètement ils se présentent comment ses compartiments ?

        Merci pour cet article 🙂

  2. Bonjour,
    pour bien comprendre, le tas à besoin d’être aéré de temps en temps où vous laissez faire ?
    Comment retirez vous le compost sur 2 mètres de haut. Un petit plan peut-être ?
    Merci

  3. Très bon article instructif! Merci pour ce partage.
    Ces toilettes sont donc séparés de l’habitat au vue de la photo. Comment faites vous par temps froid et/ou pluvieux même si le 34 n’est pas tjs concerné ?
    Cécile

    1. On fait avec! nous nous sommes dit, qu’en cas de coup dur nous installerions une petite toilette avec un seau dans la maison. Mais nous n’en sommes pas encore la!

  4. Bonjour, je préside une association à Madagascar et nous construisons des écoles, je suis très intéressée par les toilettes sèches mais me pose plusieurs questions : il y a beaucoup d’enfan Qui vont les utiliser, les copeaux me semblent pas très indiqués vu qu’on œuvre également contre ce fléau qu’est la déforestation à Madagascar.
    Avez vous des idées ?

    Merci d’avance

    1. Vous pouvez utiliser les feuilles sèches des arbres… les vieux papiers, cartons, des brindilles, petits bouts de bois en mélange … J’ajoute que ce compost est idéal pour le reboisement en mélange d’1/3 avec la terre autour des racines…. Madagascar en a bien besoin. Good luck ! Corinne

  5. Bonjour Humus  » et merci pour ce post…l’absence de manip peu en inspirer plus d’un….J’aurai deux questions :quel solution avez vous choisi pour boucher le plancher quand vous déplacer la cuvette ? et pensez vous que 50 cm au dessus du niveau du sol peut suffire si on alterne tous les mois les deux bacs…car creuser créerait un manque d’air peut être et + 1 m de dénivelés c’est pas donner à tous les terrains? Merci à vous et longue vie plus saine à nous, tous…

  6. Bonjour, j’adore votre idée! Ce qui serai génial, ce serait de nous montrer soit qq photos de plus, soit un petit plan de votre « pépinière ». Encore merci! (La révolution est en marche) 😊

  7. Bonjour,
    Votre article tombe à point.
    Je suis en train de m’installer en Bretagne et j’ai pensé à votre idée il y a un peu plus d’un an. Les grands esprits se rencontrent…😉
    J’ai, toutefois, quelques questions. Vous dîtes plus haut que les compartiments font 1mx3m sur 2m de haut et qu’il faut 1 à 2 ans pour les remplir.
    Cela pour combien de personnes ? Est-ce que les déjections sont en contact direct avec la terre?
    Est-ce que vous séparez l’urine des matières solides ?
    Merci de me renseigner et bravo à vous.

  8. Bonjour,
    Nous allons commencer notre lieu autonome . Même question que Olivier : les matiéres sont elles en contact avec la terre ? Pouvons nous voir les plans de votre pipiniére s’il vous plait ?
    Merci et bravo pour vos idées

  9. Assez génial en effet, beau travail d’intégration que ces toilettes multifonction ! Je vais transmettre votre expérience à notre petite asbl Pachy du Try. Nous devons justement prévoir la construction de toilettes sèches sur notre terrain de 75 ares. Les distances sont longues, éviter le transport fréquent de nos « matières organiques » est un must ! Et l’idée de voir assez grand pour y installer quelques bacs à semis, chapeau !!! Bonne continuation et merci pour le partage de votre expérience

  10. Bonjour, super votre article! Nous utilisons des toilettes sèches depuis 3 ans maintenant. On est très heureux. Nous avons tenté différentes tailles de bac. Attention pour les régions pluvieuses, nous avons eut un problème avec un grand bac bac qui a pris l’humidité et s’est un peu rempli d’eau , il nous a été très difficile de le retirer et des odeurs désagréables sont apparues. Finalement nous utilisons le bac petit que l’on vide de manière hebdomadaire.

  11. L’article est intéressant, et j’ai envie de faire un peu la même chose en l’adaptant, pour le coupler en l’accolant avec une vraie serre type serre passive chinoise semi-enterrée. Mais les photos sont très partielles. Donc auriez vous un plan coté de votre construction en pdf ou idéalement dans un outil de design informatique libre ? Ou des références d’autres constructions du même genre.

  12. Bonjour, merci pour l’article, comme vous prévoyez de faire un article sur l’utilisation du résidu des toilettes sèches, j’ai été sensible au arguments de la biodynamie, et je pense intéressant d’en présenter quelques aspects dans votre prochain article. Notamment sur le travail fondamental des arbres pour transformer biloogiquement et énergétiquement les fesces humaines , plutôt que de les utiliser directement pour l’amendement des plantes et légumes du potager . Ensuite chacun peut faire son choix en fonction des divers courants et opinions. Belle jorunée à vous.

    1. Merci pour ton commentaire Françoise, il faudrait effectivement qu’on en parle 🙂 🙂 Si par hasard tu as de la documentation à nous recommander ou si tu veux toi même nous écrire un article nous sommes preneur :p

  13. Juste pour le clin d’oeil, certains animaux défèquent bien dans l’eau comme les hippopotames . Ils se éparpillent leurs crottes dans l’eau la journée après avoir passé la nuit à brouter sur terre.
    Bon il y a longtemps que le milieu s’est adapté

  14. Retour de ping : Design de la ferme du point clé | Humus Pays d'Oc

  15. Retour de ping : J'ai fait un rocket stove! | Humus Pays d'Oc

  16. Bonjour,
    Petite question : des amis ont fait des toilettes sèches ressemblant beaucoup aux vôtres, et chez eux, il y a un problème qui m’a convaincue de garder mon seau. En effet, à moins d’utiliser des quantités astronomiques de sciure, ils ne peuvent pas vraiment recouvrir leurs productions puisqu’elles tombent 2 mètres en contrebas. Ils ajoutent leur deux poignées de sciure mais celle-ci s’éparpille dans sa chute. Résultat : des odeurs parfois franchement désagréables. Je n’ai pas le problème dans mon seau puisque je recouvre mon colis proprement… Comment faites-vous pour ne pas avoir d’odeurs nauséabondes dans votre pipinière ? Parce que je serais ravie de ne plus avoir à vider mon seau toute les semaines ! 😉

    1. Bonjour je n’ai pas ce problème chez nous, par contre effectivement la sciure à tendance à pas mal s’éparpiller mais le plus gros tombe au bon endroit. Nous n’avons pourtant pas de problèmes d’odeurs. Peut-être que d’autres facteurs sont à prendre en compte : chaleurs taille du bac et sont imperméabilité, type de sciure nombre de personnes qui l’utilise…. ??? les autres modèle que j’ai pu voir présentaient tous le même défaut de sciure qui n’atteignez pas bien la cible, mais ne sentez pas mauvais. Sauf lorsque un groupe plus nombreux l’utilisé pendant quelques jours, la il fallait rajouter effectivement beaucoup de sciure pour tout recouvrir. Affaire à suivre….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *